mercredi 4 décembre 2013

De Pi en pis...

Eliette ABECASSIS, Le Palimpseste d'Archimède, Albin Michel, 2013 [394 p.]



Mon résumé :
     
         Paris. Un professeur de Normale Sup', Robert Sorias, mathématicien, est retrouvé assassiné, éviscéré. Joachim, brillant élève de cette grande école, va assister son charismatique professeur de philosophie, Elsa Maarek, sur cette enquête. Bientôt, de nouveaux meurtres sont perpétrés, tous portant la trace du nombre Pi...
  
Ce que j'en pense :
               
            Un récit pas vraiment extraordinaire...

           L'écriture n'a rien de remarquable. J'ai été agacée par certains fils narratifs épais. L'auteur use de tournures de facilité pour introduire des explications, ne peut s'empêcher de repréciser certains éléments du récit, etc. Cela manque cruellement de subtilité.


           Ayant souvent l'impression de perdre mon temps, j'ai failli abandonner à de nombreuses reprises.


           L'intrigue policière a un point de départ attractif : le palimpseste d'Archimède. La suite est plutôt mitigée...
Rebondissements et suspens sont présents. J'ai aimé le duo formé par Joachim et son professeur ; ils m'ont fait penser au couple Watson-Holmes.

           Malgré le niveau intellectuel que l'auteur attribue au jeune héros, Joachim est à notre portée et nous entraîne de manière fluide dans l'enquête. On le suit également en parallèle dans son parcours initiatique.

           La fin est extrêmement décevante : l'auteur qui, dès le départ, nous fait miroiter un secret absolu, celui de l'Univers (rien de moins), le résolve de manière hautement triviale.

           Le côté "érudit" de l'ouvrage est abscons. J'ai eu la désagréable impression d'un livre qui donnait à voir. Les connaissances de l'écrivain sont intéressantes, mais ostensibles. Cela au détriment du récit qui en devient fourre-tout : mythes antiques, tantrisme, énigmes mathématiques, mystères, ésotérisme, paléographie, digressions philosophiques, histoire des jésuites, spiritualités diverses, etc.
Eliette Abécassis nous fait par contre voyager de manière habile dans le temps, et nous plonge entièrement dans le monde prestigieux de la rue d'Ulm et de ses rites et coutumes - monde dépeint comme celui d'un entre-soi, ce qui m'a quand même un peu gênée...


           En fermant le livre, je reste sur une impression de froideur et d’apprêté qui me laisse en retrait.

           En bref, un livre construit et recherché ni attachant ni marquant.


Musique :





lundi 2 décembre 2013

L'envers du décor

Gillian FLYNN, Les Apparences, Editions Sonatine, 2013 [573 p.]



Mon résumé :

           Le jour de son cinquième anniversaire de mariage, Amy disparaît. Son mari Nick va être rapidement suspecté de meurtre. Peu à peu, en menant son enquête, il nous entraîne dans la réalité de son couple, bien au-delà des apparences...
  
Ce que j'en pense :
               
             C'est pas léger léger...

          Le récit est bien construit. Les voix des deux époux s'alternent et se font écho. Nous sommes projetés dans leur tête et nos sentiments à leur égard évoluent sans cesse. Gillian Flynn joue avec les apparences et nous balade sans vergogne dans un récit complexe et hautement maîtrisé. 

           Somme toute, même si l'intrigue aime à se laisser découvrir, je n'ai pas été emportée. Ma lecture a été fastidieuse – 10 jours pour le terminer ! Je l'attribue aussi à la (lourde) lenteur du rythme.


          Le récit est trop torturé et sinueux pour moi. Ce couple diabolique ne m'a ni émue ni attachée. Amy et Nick sont beaucoup trop timbrés.
Les thématiques de violence psychologique, folie, névrose, vengeance, etc. me laissent sur le bord de la route.
 

           En bref, si vous aimez l'action, le romantisme et la légèreté, passez votre chemin. Sinon, laissez-vous tenter par le revers des apparences...



       
Musique :




Challenge :

samedi 30 novembre 2013

Tombe la neige

Laura KASISCHKE, Esprit d'hiver, Editions Christian Bourgeois, 2013 [276 p.]


Mon résumé :
          
          Le matin du 25 décembre, Holly doit faire face à une drôle de sensation : une angoisse inexplicable surgissant du passé.
Alors que le temps s'agite à l'extérieur, Holly et sa fille adolescente Tatiana se retrouvent confrontées dans un face-à-face intimiste.
  
Ce que j'en pense :
                      
         J'ai effectué cette lecture dans le cadre des « Matchs de la rentrée littéraire 2013 », et je remercie d'abord PriceMinister de m'avoir fait parvenir à titre gracieux cet ouvrage.



         « Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle »... Ce vers de Charles Baudelaire m'a habitée durant toute la lecture.


         L'atmosphère est close : le confinement palpable nous prend dès les premiers mots, et le malaise d'Holly nous envahit peu à peu.


         L'auteur construit son récit sous l'égide de la tragédie antique.
Le dénouement inéluctable est présent dès le départ. La Pythie s'incarne dans la figure de Théodotta, l'infirmière russe. Les signes de mauvais présage se lisent dans la terreur du chat, le combat de poules, etc. Des images macabres reviennent en boucle le long du récit. Les personnages se débattent, vivent, se disputent, mais, n’endigueront pas la menace qui plane.

La fin se lit dès le début. Le destin de la petite Tatiana est déjà tracé, et ce, depuis des années. Depuis qu'Holly et Eric sont allés la chercher en Russie.

Les scènes du passé surgissent ainsi dans le présent d'Holly. La mère adoptive se remémore constamment l'adoption de la jolie Tatie quinze ans plus tôt. Alors que ces flash-back pourraient être joyeux et lumineux, ils ajoutent à la pesanteur de ce présent oppressant et, tels des oracles, annoncent le malheur à venir.


         Le suspens réside donc plutôt en la nature de la tragédie. L'attente de ce dénouement, les sentiments insidieux qui s'infiltrent peu à peu dans le récit, emportent le lecteur de la première à la dernière page.

On s'ennuie ainsi assez peu, même si, je dois dire, que les névroses d'Holly, lisibles dès le début, m'ont tout de même mise en retrait. Ce qui a gentiment assoupi ma lecture à certains moments.


         L'écriture est plutôt agréable. Le style de l'auteur pourrait cependant être beaucoup plus recherché. Mais, lisant en parallèle A la recherche du temps perdu de Marcel Proust, il est vrai que l'écriture de beaucoup d'auteurs aurait quelque peu souffert la comparaison...



         J'ai enfin trouvé que les thématiques de la maternité et de l'adolescence étaient plutôt bien abordées, avec le changement que provoque l'enfant dans la vie d'une femme (qui se traduit par l'impossibilité d'écrire d'Holly), ainsi que la figure de l'enfant, de sa personnalité, qui échappe peu à peu aux parents.



         En bref, un récit « à atmosphère » agréable.



        
Extrait clé :

« D'après son expérience, la tragédie frappait toujours après de nombreuses semonces (…) et, à la fin, vous étiez en général surpris par le nombre de signes annonciateurs qu'elle vous avait donnés. » [p.95]


 
Musique :


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samedi 21 septembre 2013

Quelle pénitence

Blatte et Falzar, Zozoland : Parc paniiiiiique !, Sandawe.com, 2013 [33 p.]



Mon résumé :
              
      Deux petits délinquants sont envoyés en Travaux d'Intérêt Général dans un parc d'attraction où ils vont devenir Barouf et Bigoudi, deux personnages-peluches favoris des enfants.
  
Ce que j'en pense :
         
       J'ai reçu l'ouvrage dans le cadre de l'opération organisée par Babelio, Masse Critique, et je remercie les éditions Sandawe.com de me l'avoir fait parvenir.
     
    Je n'ai cependant pas vraiment été séduite par la bande-dessinée.

   Celle-ci est plutôt bien menée. On entre dans le parc en même temps que nos deux protagonistes, l'ours Barouf et le lapin Bigoudi, et nous suivons leurs premiers jours dans ce nouvel univers.

   La plongée de ces deux personnages dans le quotidien, en apparence, rose et acidulé d'un parc d'attraction, n'est pas sans heurts. Nos deux héros n'aiment pas les enfants, et ça se sent !
Les actions, plutôt cruelles, sont allégées par des cases très colorées et la rondeur des dessins.

    Les scènes s'enchaînent à un rythme vif et soutenu sans qu'elles soient, malheureusement, toujours très drôles. Et c'est bien le principal reproche que je fais à cette bande-dessinée : je n'ai pas vraiment ri...
    En résumé, un ouvrage plaisant et construit, mais qui m'a laissée sur ma faim.


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mercredi 18 septembre 2013

D'une rue à l'autre...

Jérôme Attal, Le voyage près de chez moi, Stéphane Million Editeur, 2013 [205 p.]



Mon résumé :
              
      Jérôme déménage. Après dix-sept années passées dans son petit appartement parisien, il décide de rejoindre la rue d'en face. Mais, partir, même à deux pas de chez soi, n'est pas chose anodine...
  
Ce que j'en pense :
         
                Ayant à mon actif quelques déménagements, je dois dire que le sujet m'attirait. J'étais curieuse de savoir comment tirer un roman d'un événement aussi trivial.
     
            Le récit est bien mené. L'écriture est vive et prête à sourire. Je reste toutefois sceptique sur la rapide obsolescence du récit du fait de références très contemporaines (TV, chansons, etc.).

        Jérôme entreprend son déménagement avec, pour seule aide, son petit caddie jaune. Au détour de ses allées et venues, il revient sur sa vie, son passé, ses petites joies, ses ratés.
Et, même si, comme nous le dit l'auteur, déménager est relier un point A à un point B, il n'empêche le voyage intime, le déferlement des souvenirs. Où les femmes tiennent toujours une grande place.

        Au déménagement s'ajoute alors une petite intrigue amoureuse, le dernier challenge de notre narrateur : aborder Alexa, sa jolie voisine, dont il est follement attiré et à qui il n'a jamais osé parler.
Est-ce, quand les jours sont comptés, qu'on prend conscience de ce que l'on n'a pas réalisé et que l'on essaye de se donner le courage nécessaire pour y parvenir ?
En tout cas, les stratégies utilisées pour arriver à entrer en communication avec la jeune femme sont à la fois touchantes, pathétiques et drôles.

     Finalement, Jérôme, c'est un peu chacun de nous qui, en abordant l'inconnu, revient sur son passé.
     En bref, un livre plaisant.


La phrase que je retiens :

 " Un appartement sans livres, c'est comme une orgie sans kleenex " (p.37)


Musique :





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dimanche 1 septembre 2013

Ci-gît...

Alice Ferney, Cherchez la femme, Actes sud, 2013 [549 p.]


Résumé :
                
      Vladimir rencontre Nina. Ils se marient et ont deux enfants. Serge, leur fils ainé, épouse Marianne. Et nous voilà plongés dans leur histoire familiale. De leur rencontre à leurs tourments...

  
Pourquoi j'ai abandonné :
         
        Parce que le récit est froid. Les relations entre les personnages sont décrites dans leur vérité et leur crudité. Du coup, toute sentimentalité évacuée, seule reste la froideur de l'écriture. Ainsi que des personnages peu sympathiques, car terriblement humains, emplis de névroses et de défauts. Et des relations sous le signe de la domination et de la possession.
Le récit est une dissection pure et simple de la rencontre amoureuse et de la vie à deux.

     Je me suis donc plutôt ennuyée. L'idée de remonter aux sources parentales et familiales pour expliquer les relations et actions des personnages est plutôt intéressante, mais, au final, plombe grandement le récit. Du coup, j'ai refermé le livre à la page 296.
      Certains passages m'ont quand même plu par leur construction et leur humour. Notamment celui de la rencontre entre Serge et Nina :

   "La fille dansait (...) et le musicien était saisi. Hypnotisé comme si sa chair qui s'agitait devant lui avait été surnaturelle. Ses yeux regardaient et son sang répondait (...). Bien sûr c'était aussi vif et vigoureux que furtif et inavoué. Montre-moi tes seins. Ce que ressentait Vladimir se résumait à cette curiosité excitée. J'ai envie de voir tes seins. Comment (...) aurait-il pu s'avouer qu'il avait pareilles pensées ? (...) il transforma le désir en sentiment. Il avait aimé Nina au premier regard" [p.15]

La phrase que je retiens :
         
       "Tu souffles trop fort sur ma vie" [p.39]



Musique :


samedi 31 août 2013

Ci-gît...

Simonetta Greggio et Frédéric Lenoir, nina, Ed. Stock, 2013 [295 p.]


Résumé :
                
      Adrien, la quarantaine, célibataire, veut mettre fin à sa vie. Dans ses ultimes moments, il se remémore un des plus beaux instants de son existence, son amour adolescent pour une jeune fille, Nina, rencontré sur la côte amalfitaine (Italie). Chaque soir, il écrit à son amour et retient ainsi des minutes de vie.

  
Pourquoi j'ai abandonné :
         
        Parce que je n'ai pas accroché sur la construction. Le récit alterne deux moments : les journées d'Adrien et les lettres nocturnes destinées à Nina. L'idée de confronter le présent oppressant et la douceur des souvenirs d'enfance est plutôt intéressante, mais les ficelles pour passer d'un à l'autre sont vraiment peu subtiles.

      Parce que je n'ai pas été sensible au personnage d'Adrien. Je l'ai trouvé vraiment laborieux dans son récit. Tant est si bien que ses états d'âme ne m'ont pas interpellée. Le chien Gaston m'a plus émue, c'est dire...

      Parce que je me suis ennuyée.  La remémoration de la relation entre Nina et Adrien est bien trop longue à se dévoiler.
     Du coup, après une cinquantaine de pages, j'ai refermé le livre. C'est dommage car les auteurs abordent le suicide (et les souvenirs qui raccrochent encore à la vie) de manière plutôt délicate.

     En bref, une rencontre ratée.



Musique : [Désolée, Italie et Amour, je n'ai pas pu m'en empêcher...]



vendredi 30 août 2013

C'est reparti !


"Vacances, j'oublie tout
Plus rien à faire du tout"


  Je pensais profiter de mes vacances pour rattraper mes chroniques en retard et poster intensément. Et puis... et puis, ce sont les vacances. Le temps file encore plus vite que dans l'année, le planning se remplit, le cerveau se vide...
  
  J'essaye peu à peu de courir après mon retard et de profiter de ces trois derniers jours de repos ; j'ai de belles lectures et quelques ratés à vous faire partager.

  De belles vacances à ceux qui le sont encore ou qui le seront, et bon courage à tous les autres.

mercredi 26 juin 2013

Bip bip bip [bruit de douchette]

Anna Sam, Les tribulations d'une caissière, Albin Michel, 2012 [169 p.]

Mon résumé :
              
      Anna est hôtesse de caisse dans un supermarché. Depuis huit ans. Huit ans où elle aurait aimé être ailleurs. Huit années à endurer des conditions de travail difficiles et des clients pénibles.
  
Ce que j'en pense :
         
       Bof.
     
    Si j'ai compris, le récit est une adaptation de posts du blog qu'alimentait régulièrement Anna Sam. Et, en effet, l'écriture relève plus d'une compilation de chroniques que d'un récit en tant que tel. C'est dommage car il y a vraiment matière à roman. Mais, comme l'écriture et le regard font défaut, le livre fait plof.
    Le récit enchaîne les facilités pour faire sourire. Même si on plonge dans le métier et sommes atterrés par ses côtés inhumains et violents, ce qui m'a gênée est la férocité du regard porté sur les clients. Ce dernier est partisan et très peu nuancé. L'auteur se place en entomologiste implacable. Les critiques sont acerbes - même si parfois les attitudes le justifient. Je regrette que ce regard manque cruellement de bienveillance et d'empathie.
    En bref, un livre honnête qui sent vraiment le vécu et se lit d'une traite. Mais de là à le nommer roman...

Challenge :




lundi 24 juin 2013

Ci-gît...

David Grossman, Une femme fuyant l'annonce, Ed. Points, 2012 [792 p.]

 
Résumé :
                
      Le fils s'engage au combat. La mère entre alors dans un entre-deux : comment vivre sachant que son enfant va probablement mourir ? Ora décide alors de partir pour fuir l'impossible annonce.

  
Pourquoi j'ai abandonné :
         
        Parce que je n'ai d'abord rien compris. Le récit s'ouvre sur trois voix dans la pénombre. Tout s'éclaire des années et quelques centaines de page plus tard... Trop long pour moi.

      Parce que je n'ai pas été sensible au personnage d'Ora. D'abord touchée par son émotion de mère qui tente tout pour échapper à l'impossible annonce, j'ai eu du mal à la comprendre dans ses relations aux autres, dans le déroulé de ses pensées.
 
      Parce que je me suis ennuyée. La lecture est particulièrement longue et pénible.
     Du coup, après 145 pages, je me suis dit que malgré certaines critiques dithyrambiques qui crient au chef d'oeuvre, je n'avais pas envie de m'infliger ça.

     En bref, ceci est une non-chronique.



Musique :


dimanche 23 juin 2013

Au Bal des Apparences

Grégoire Delacourt, La première chose qu'on regarde, Edition JC Lattès, 2013 [263 p.]


Mon résumé :
         
             Long. Dans la Somme. On sonne à la porte d'Arthur Dreyfuss, 24 ans. Il ouvre et se retrouve nez à nez avec Scarlett Johansson. Enfin, pas tout à fait. Jeanine Foucamprez, 27 ans, une vie moins agréable et glamour que sa sosie...
  
Ce que j'en pense :
         
    C'est mauvais.

    J'ai d'abord trouvé l'écriture froide et moqueuse. Les passages dramatiques sont traités avec sarcasme. Les dialogues ne sont vraiment pas de haut vol – mention spéciale à celui en français baragouiné, je ne m'en remets toujours pas...
     L'inconvénient de ce ton sarcastique est qu'il met à distance les personnages. Je n'ai ainsi pas été en empathie avec eux.
On a, d'un côté, un jeune homme qui voit Jeanine/Scarlett comme un morceau de viande et se regarde sans cesse vivre – je vous passe le nombre incalculable de fois où il se demande ce qu'il doit faire avec Scarlett Johansson dans son salon... Pour rester dans son fantasme, il occulte tous les éléments qui peuvent le ramener à la réalité et, persiste, pour sa fierté, à voir Scarlett en Jeanine.
Notre héroïne n'est pas meilleure. Elle est en perpétuelle recherche d'identité et se fait passer pour ce qu'elle n'est pas afin de séduire et se faire aimer. Tout en se plaignant sans cesse qu'on ne la voit pas telle qu'elle est...
     Quand à l'intrigue...
   Je me suis d'abord demandée ce qui me gênait dans ce récit. Après réflexion, je pense que c'est son côté « ras-des-pâquerettes », bassement réel. L'auteur use de détails et de références contemporaines et enchaîne les épisodes sordides. C'est stéréotypé, superficiel et lourdingue.
    Au final, j'ai l'impression que Grégoire Delacourt écrit comme on filme, à force d'images et de raccourcis.
  En bref, je n'ai ni apprécié ni rêvé ni voyagé. J'espère que son précédent roman, La liste de mes envies, est plus réussi.
 
Musique :



Challenge :




samedi 22 juin 2013

A l'Oeil et à la Barbe

Amélie Nothomb, Barbe Bleue, Albin Michel, 2012 [169 p.] 



Mon résumé :
         
         Saturnine, 28 ans, répond à une annonce mirifique : une colocation dans un hôtel particulier du VIIème arrondissement de Paris pour une bouchée de pain. Les candidates sont nombreuses. Notre héroïne, seule intéressée par l'annonce et non mue par une curiosité macabre envers le mystérieux et charismatique propriétaire, est choisie. Le bail est cependant entaché par une terrible rumeur : les huit précédentes colocataires auraient disparu...
  
Ce que j'en pense :
         
        C'est ma première lecture d'Amélie Nothomb, et j'ai bien aimé.

       J'ai d'abord été attirée par le point de départ du récit qu'est la réécriture contemporaine du conte de Barbe bleue. On y retrouve les éléments clés : la richesse, l'avidité, l'importance des couleurs, les disparitions, la pièce interdite, etc.
Mais l'auteur parvient tout de même à nous emmener dans ce récit mariné à sa sauce, donnant au conte une autre dimension.
Elle nous livre deux personnages atypiques : le noble Elemirio et son côté fantasque confronté à la jeune Saturnine aux positions et à la morale affirmées.
La vivacité et l'humour de leurs échanges sont remarquables.

      La peinture d'une héroïne sûre de son fait est intéressante. Prévenue du danger que représente l'homme, Saturnine pense être plus forte et se lance dans l'histoire. Et, elle en devient aussi matérialiste que moralisatrice. La dichotomie des rôles est alors apaisée. Le Bien et le Mal s'affrontent verbalement mais, notre cœur balance. Et, je dois dire que j'ai été plutôt du côté d'Elemirio malgré ses actes terribles et ses raccourcis douteux pour les justifier.
     Amélie Nothomb n'échappe cependant pas à quelques faiblesses.
Le personnage de la copine fadasse censée mettre en valeur les deux protagonistes principaux m'a semblée facile.
J'ai été aussi un peu gênée par les explications qui pré-mâchent le récit. L'auteur parvient à nous faire comprendre les choses sans les dire, pourquoi alors sentir la nécessité de les expliciter ? Je pense notamment à la bascule de Saturnin, du recul à la fascination pour Elemirio : on la ressent facilement, nul besoin de la spécifier.
J'aurai ainsi aimé plus de non-dits...

     L'écriture est toutefois élégante. A mon point de vue, pas vraiment remarquable mais simple et efficace. La lecture est happante et plaisante. Ce qui est bien agréable.

     En bref, un court récit attirant et sans prétention.

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lundi 10 juin 2013

Au kibboutz

Amos Oz, Entre amis, Gallimard, 2012 [157 p.]


    J'ai bien aimé.
   L'atmosphère du kibboutz est calme et paisible, et c'est dans un silence ouaté que se débattent huit de ses membres avec leurs désarrois : l'étouffement et l'envie de liberté (Yotam Kalisch), le désir (Yoev Carni), la fatalité (Nahum Asherov), la solitude (Osnat), la mort (Martin Vandenberg)...
   Chacun d'entre eux participe à l'histoire générale, celle de la communauté, où malgré la promiscuité, on est seul.
   L'écriture est économe, juste. Pointent des traits d'ironie et d'humour. J'ai particulièrement aimé les remarques de Roni Schindlin sur chaque membre de la communauté qui traversent l'ensemble des nouvelles.
     La nouvelle qui reste pour moi la plus émouvante est « Un petit garçon » où le très jeune Youval (5 ans) persécuté par ses camarades bénéficie du soutien et de l'amour inconditionnels de son père.

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dimanche 2 juin 2013

Quand tout se finit

Laurent Gaudé, Pour seul cortège, Actes sud, 2012 [176 p.]



Mon résumé :
        
     Babylone. 323 avant J-C. Le grand Alexandre s'effondre en plein banquet. Après quelques jours d'agonie, il s'éteint. Vient alors le moment du périple tragique de sa dépouille et de son âme.
      
Ce que j'en pense :
 

  Je continue ma découverte de l’œuvre littéraire de Laurent Gaudé avec Pour seul cortège, son dernier roman.
 
    C'est toujours extrêmement bien écrit.

    Le récit est court - il se lit d'une traite - et fait s'alterner plusieurs voix – celles d'Alexandre, du sacrificiel Ericléops et de Dryptéis.

        Ce n'est pas tant la vie d'Alexandre qui est au cœur du récit que sa mort et son lent accompagnement vers le repos éternel. La grandeur de ce personnage historique se lit par sa légende qui plane et par les autres personnages, notamment à travers la voix d'Ericléops. Parce que, pour l'heure, le lecteur est face à un homme affaibli qui se meurt.

          L'attribution d'un rôle épique à un homme faible et agonisant m'a d'abord faite sourire. J'ai ensuite réalisé que le véritable héros de cette épopée n'était pas tant Alexandre que Dryptéis. Dryptéis qui a la force de renoncer à son fils pour le sauver. Dryptéis qui reste fidèle à Alexandre jusqu'au bout. Dryptéis qui accomplit la véritable action du récit : mener Alexandre à la paix et au repos éternel au péril de sa vie.
 
        Différentes scènes m'ont saisie : les adieux d'Alexandre, le périple du cortège des pleureuses, son attaque par les généraux, etc.
Et, même si l'intrigue m'a guère emportée, la beauté de l'écriture suffit à l'ensemble.
 
         J'ai sinon retrouvé de nombreuses parentés avec La Mort du roi Tsongor : le poids de l'héritage, l'orgueil destructeur, la femme sacrificielle, etc.

          En bref, un beau récit plaisant à lire.


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samedi 1 juin 2013

Tu seras un Homme, mon fils

Laurent Gaudé, La Mort du roi Tsongor, Actes sud, 2002 [204 p.]


Mon résumé :
         
         Samilia, fille du vieux roi Tsongor, s'apprête à s'unir à Kouame, riche et puissant jeune homme, auquel son père l'a promise. C'est sans compter sur le retour de Sango Kerim, avec lequel elle s'était engagée enfant, qui revient chercher son dû. Le vieux roi doit alors faire un impossible choix. Auquel d'entre eux doit-il livrer la belle Samilia ?
  

Ce que j'en pense :
         
         C'est seulement le deuxième livre de Laurent Gaudé que je découvre, et il m'a transportée dans un tout autre univers qu'Ouragan.


        Nous sommes plongés dans le royaume d'un conquérant aussi efficace que sanguinaire, le roi Tsongor, au cœur d'une Afrique peuplée de tribus singulières.

     J'ai été immédiatement transportée dans cette atmosphère mi-historique mi-onirique.


     Je me suis sentie concerner par le désarroi du vieux roi face à ce dilemme initial - j'ai compris son geste et entendu sa souffrance. Être impuissant face aux morts successives de sa ville, de son peuple et de sa famille, pour un roi conquérant, n'est-ce pas la pire des malédictions ? En laissant la main, il s'inflige la pire des souffrances.


     J'ai accompagné Souba dans son voyage initiatique à travers le royaume et sur les traces de son père. Son renoncement à sa vie pour honorer la mémoire de Tsongor lui permet de rester en vie et de trouver son propre royaume.


     J'ai été émue par la fidélité de Katabolonga.


     Je n'ai pas toujours compris Samilia qui se refuse à choisir, mais dont les actions ont des répercussions extrêmes.


     J'ai été saisie par l'orgueil et la vanité des hommes qui mènent à la consciente destruction d'un royaume et de vies entières – Samilia en est l'exemple magnifique.


     J'ai aimé l'alternance entre le silence de la quête de Souba et l'agitation et la fureur de la guerre qui ronge Massaba.


     J'ai réfléchi au poids de l'héritage. A ce que l'on porte malgré nous. A ce que l'on perd malgré nous.


     Enfin, j'ai été portée par la finesse, la fluidité et la puissance de l'écriture de Laurent Gaudé.


     En bref, un fort beau récit poétique.


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